Le viseur: Sauver la démocratie congolaise !

Publié le par La Cité Africaine

La semaine dernière, l’on a vu resurgir les qualificatifs infamants dont est généralement affublée la classe politique congolaise, particulièrement l’opposition. ‘’C’est une classe politique qui manque de culture démocratique’’, dixit Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal. ‘’ C’est l’opposition la plus bête d’Afrique’’, de l’avis d’une certaine presse ouest-africaine.  ‘’Au Burkina Faso, l’on a une opposition responsable, tandis qu’en RDC, il s’agit d’opposants alimentaires’’, propos du célèbre réalisateur belge Thierry Michel. Et le facilitateur Edem Kodjo, au bout de quelques mois de commerce avec les politiciens congolais,  de trancher : ‘’C’est une classe politique toxique, adepte de faux-fuyants et chez qui l’argent joue un rôle prépondérant ‘’…

Tous ces clichés sont remontés ces jours-ci à la surface, avec  la crise stupide dans laquelle vient de se jeter le Rassemblement, la plateforme la plus représentative de l’opposition congolaise. Du coup, les ultimes tractations conduites par la CENCO autour de l’arrangement particulier entre le Pouvoir et son opposition sont paralysées, mettant dès lors en péril l’existence même de l’accord de la Saint Sylvestre qui avait soulevé tant d’espoirs. 

Alors, de partout fusent les appels qui conjurent les Congolais à ne pas compromettre  l’avenir de leur pays.  L’Union Africaine, l’Union Européenne, la SADC et l’OIF  ne cessent d’en appeler à la mise en œuvre immédiate du fameux Accord du 31 décembre, considéré comme la planche de salut pour remettre la RDC sur le chemin de la démocratie électorale.

Dans un rapport au Conseil de sécurité, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, ne cachait pas son inquiétude: " 2017 va être cruciale pour la RD Congo avec de possibles poussées de violences dans la perspective des élections de fin d’année…La présence de la Monusco dans le pays reste ainsi essentielle pour maintenir le processus politique sur les rails, préserver les avancées et renforcer les perspectives de stabilité dans le pays". Aussi envisage-t-il  l’envoi de 320 Casques bleus, des forces  supplémentaires pouvant intervenir rapidement dans des centres urbains clés  et qui amélioreraient les capacités de la mission à protéger les civils, de même que les personnels des Nations unies et leurs installations, en cas de flambée de violence liée aux élections".

A l’Union Européenne, l’on a carrément choisi de cogner d’une main de fer sans gant de velours. ‘’L’accord du 31 décembre 2016 représente la seule voie pour asseoir la légitimité nécessaire aux institutions qui devraient gérer la transition, y compris celle de la présidence, pontifiait la déclaration du Conseil de l’UE, la semaine dernière. ‘’Ni la disparition du leader de l'opposition Etienne Tshisekedi, ni la situation sécuritaire ne doivent offrir de prétexte pour remettre en question ce processus qui doit mener à une alternance démocratique et pacifique du pouvoir’’. Ainsi s’exprimaient d’une même voix les ministres des Affaires étrangères européens, tout en avertissant :‘’L'UE rappelle aux responsables politiques et aux membres des forces de sécurité de la RDC qu'elle est disposée à adopter de nouvelles mesures restrictives individuelles contre ceux qui seraient responsables de graves violations des droits de l'Homme, inciteraient à la violence ou qui feraient obstacle à une sortie de crise consensuelle, pacifique et respectueuse de l'aspiration du peuple congolais à élire ses représentants’’. A l’Union Européenne, le blocage de l’application de l’accord du 31 décembre a un responsable principal et on  n’hésite pas à le nommer en ces termes : ‘’L'UE souligne l'urgence de la mise en œuvre effective de l'accord par toutes les parties prenantes, en particulier la Majorité présidentielle’’ (sic).

On le sait,  Kinshasa est monté sur ses grands chevaux face à cette attitude ‘’comminatoire’’ de l’UE. Pour autant, ceci est bien dans le logiciel de la politique de l’UE à chaque fois qu’elle considère que les intérêts de la démocratie et du droit humanitaire international sont menacés. Il n’est pas jusqu’à la puissante  Russie de Poutine qui ne l’ait appris à ses dépens.

En tout état de cause, le plus important aujourd’hui, c’est que notre pays se sorte de ce semblant d’ imbroglio suscité au sein de l’une des parties, sans laquelle l’accord de la Saint Sylvestre ne vaut plus un penny. L’on sait qu’au sein du Rassemblement, toute honte bue, les dirigeants s’emploient  à ramener l’ordre dans la boutique pour enfin revenir à la table de la CENCO et achever le processus de mise en œuvre de l’accord. A preuve, les réunions tenues en milieu de semaine dernière à Limete entre les 9 plateformes signataires de la déclaration de Genval, fondatrice du Rassemblement. C’est dans ce même esprit visant à faire débloquer l’accord de la CENCO que les observateurs situent les déplacements en Afrique de Félix Tshisekedi, secrétaire général adjoint aux Affaires politiques et diplomatiques  de l’UDPS et nouveau président du Rassemblement. Après avoir été reçu il y a quelques semaines tour à tour par Jacob Zuma, en Afrique du Sud, et Edouardo Dos Santos, en Angola, il conférait le week end dernier avec le président en exercice de l’UA, Alpha Condé de Guinée. Il serait à tout le moins inexplicable que trouvant portes ouvertes chez les autres présidents africains, le fils Tshisekedi puisse trouver portes closes auprès du président de son propre pays. Au demeurant, Joseph Kabila ne vient-il pas de rappeler ses ministres à leur vrai devoir, en leur demandant de rester concentrés sur l’accomplissement de leurs charges d’Etat plutôt que de se prêter à l’agitation politicienne par des interventions qui ne servent qu’à alimenter la chronique. Personne ne gagnerait au change si la démocratie devait se noyer au bord du fleuve Congo.

Mantha L

Publié dans citaf

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