Le viseur: Entre constance et immobilisme

Publié le par La Cité Africaine

Le nouveau Premier ministre Bruno Tshibala a formellement achevé le week-end dernier ses  consultations en vue de la formation de son gouvernement. Il a tour à tour reçu les représentants des composantes ayant pris part aux discussions de la CENCO : la Majorité présidentielle avec Aubin Minaku, l’Opposition signataire de l’accord du 18 octobre avec Vital Kamerhe, la Société civile signataire de l’accord du 18 octobre, l’Opposition Républicaine, le Rassemblement/Olengankoy, la Coalition des Alliés de Tshisekedi conduite par Lisanga Bonganga ainsi que la Majorité Présidentielle Populaire par Freddy Kita. N’ont pas répondu à l’invitation du Premier ministre : le Rassemblement dit ‘’légitime’’ piloté par le duo Félix Tshisekedi-Pierre Lumbi, la Société civile non signataire de l’accord du 18 octobre, avec Christopher Ngoy et George Kapiamba, de même que le MLC et Front pour le respect de la Constitution qui eux, dès le départ, ont exclu toute participation à un quelconque gouvernement de Transition. Maintenant, il va falloir au Premier ministre confronter toutes les listes reçues des différents groupes et faire des combinaisons et des arbitrages, en harmonie avec les quotas et les critères décidés dans le cadre des Arrangements particuliers discutés à la CENCO. Ensuite, il faudra bien une concertation avec le chef de l’Etat pour fixer la configuration définitive du nouveau gouvernement. C’est loin d’être une sinécure. Il s’agit là d’un test important qui, qu’on le veuille ou non, permettra de juger de l’autonomie manœuvrière et managériale du Premier ministre dans la prise en charge de ses prérogatives constitutionnelles.  Une indication précise en sera donnée par rapport surtout au partage des responsabilités sur les ministères régaliens (Affaires étrangères, Intérieur, Défense, Justice). Le point avait soulevé un blocage aux discussions des arrangements particuliers. Finalement, les négociateurs ont laissé le règlement de cette question à l’arbitrage concerté entre le président de la République et le Premier ministre. Nous y voici donc. L’on sait qu’aux termes de l’actuelle constitution, il ne s’agit plus là de ‘’domaines réservés’’ du chef de l’Etat, comme à l’époque de la dictature mobutienne, mais des ‘’domaines de collaboration’’ entre le président de la République et le gouvernement (article  91). On va voir si ce Premier ministre issu de l’opposition pourra contraindre le camp présidentiel au partage. Le défi de la composition du gouvernement va porter également sur un certain nombre d’autres considérations : Y a-t-il  bien une touche Bruno Tshibala dans les choix ? Est-ce bien un gouvernement recomposé de cogestion de la Transition entre les camps signataires de l’accord du 31 décembre, ou s’agira-t-il simplement de faire un peu d’espace à quelques nouveaux venus, quitte en gros à reprendre les mêmes et à continuer ? Le porte-parole des opposants présents au Dialogue de la cité de  l’UA  a dit avoir attiré l’attention de Bruno Tshibala qu’ils n’entendent pas faire de la figuration dans ce nouveau gouvernement. Entretemps, à la Société civile, la bataille des listes a déjà commencé. De la part des mêmes qui, hypocritement, proclament ne pas se battre pour des postes. Comme si les institutions que l’on met en place pouvaient avoir une quelconque pertinence si l’on devait se désintéresser de savoir quelles personnes doivent les animer pour espérer arriver à bonne fin, à savoir  la tenue des élections transparentes et crédibles avant  fin 2017.

Mais justement, il ne suffit pas d’avoir un gouvernement. Encore faille-t-il que celui-ci soit à la hauteur des défis. C’est ici que prennent un relief non négligeable les mauvaises dispositions affichées par nos partenaires internationaux les plus en vue, l’Union européenne, la Belgique, la France, les Etats-Unis, le Canada, vis-à-vis de la nomination de Bruno Tshibala qu’ils jugent non conforme à la lettre et à l’esprit de l’accord du 31 décembre. Se priver de ce soutien international serait handicapant pour le nouveau gouvernement. Au lieu de froncer les sourcils pour espérer intimider ces partenaires et leur faire changer d’avis, il faut au contraire dialoguer et continuer à expliquer, encore et toujours. L’on sait aussi que la composition du nouveau gouvernement va encore créer des déchirements à l’opposition radicale, où certains se sont d’ores et déjà positionnés pour répondre à l’appel des offres ministérielles. Déjà des fatwas sont décrétées excluant encore tel ou tel du Rassemblement à Limete. C’est toujours l’escalade. Dans un camp, l’on est sûr : le chien aboie, la caravane passe ! Mais dans l’autre camp, l’on est convaincu aussi que la caravane qui croit passer,  en réalité, ne fait que tourner en rond, et finit par retrouver le chien, au même endroit. Mais à ce jeu-là, le pays et son peuple ne gagnent rien. Il faut arrêter le pourrissement.

Voilà pourquoi, d’aucuns croient qu’il faille absolument recréer l’esprit de l’accord du 31 décembre sur lequel tout le monde jure, en se remettant ensemble pour finaliser et signer l’Arrangement particulier qui est partie intégrante dudit accord et en conditionne l’application, selon le Point III.3.4. Dans cet ordre d’idées, conformément à la résolution 2348 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, Mamane Sidikou, le Représentant spécial du SG de l’ONU a pris une initiative de bons offices qu’il convient d’encourager. Nos politiciens, de part et d’autre, qui ont fait capoter l’achèvement de la mission de la CENCO en se cabrant sur des positions irréconciliables, doivent savoir qu’il y a une différence entre constance dans ses idées et immobilisme. On ne peut pas toujours, quelles que soient les circonstances, demeurer figés au même endroit, avec la même position. C’est une faute politique.

Mantha L.

Publié dans citaf

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