Ville de Kinshasa: Nouveau bras de fer entre les exploitants du transport en commun et les autorités de la capitale

Publié le par La Cité Africaine

En décidant de déclencher à partir de ce mardi 25 avril une vaste opération de contrôle des documents officiels requis chez les exploitants du transport en commun opérant dans la capitale et en annonçant urbi et orbi que les récalcitrants seraient dirigés vers la fourrière du  camp Lufungula, le ministre provincial des Transports a déclenché chez les propriétaires des  taxis et taxis-bus ainsi que leurs  chauffeurs un vaste mouvement de protestation qui risque de se terminer par un bras de fer dont personne ne  sait dire comment il se terminera.

Le ministre Motemona est dans son droit. Tout exploitant doit se conformer à la législation qui veut que tout véhicule affecté au transport en commun soit couvert par une police d’assurance et de contrôle technique ainsi d’une autorisation de transport. Sans évidemment oublier la vignette et la taxe spéciale de circulation routière. Ces trois polices doivent être renouvelées annuellement. Et on est justement en ce début d’année dans la période où se déroulent ces opérations de renouvellement.

Les exploitants  dont certains sont dans le secteur depuis des dizaines ne contestent pas cette  législation. Ce à quoi ils  s’insurgent, c’est cette accumulation de taxe sur le secteur du transport en commun devenu une sorte de vache à lait pour le gouvernement. Un gouvernement qui finalement n’a plus de cœur d’abord pour constater que le secteur va très mal puisque les recettes générées par chaque véhicule ont fondu comme neige au soleil à cause de la dépréciation de la monnaie. Un taxi verse entre 30.000 Fc et 50.000 Fc par jour actuellement et un taxi-bus entre 65.000 et 100.000 Fc. Et cela depuis bientôt plus de cinq ans. Ces montants ne représentent plus  respectivement que 20 et  35 USD pour les taxis et  40 et  60 pour les taxis-bus alors qu’il y a quelques années ils représentaient plus du double.

Conséquences de cette dégradation de la situation : le propriétaire du véhicule recouvre difficilement sa mise et renouvelle encore plus difficilement l’outil de production. Quant au chauffeur, si hier il terminait sa journée avec un bonus satisfaisant, il n’en est plus de même actuellement. Il est obligé de travailler plus longuement, ce qui signifie une usure plus rapide du véhicule et il est obligé d’inventer toutes  sortes d’explications pour « se retrouver » et la pratique l’expose à un climat malsain avec le patron.

Chauffeurs et propriétaires des véhicules  accusent le gouvernement d’être responsables de cet appauvrissement, car d’une part e coût des polices en question sont libellées en dollar et par conséquent leur niveau est très élevé pendant le niveau des recettes ne fait lui que baisser en valeur absolu. Le coût d’une police d’assurance d’un taxis-bus de 24 passagers est de plus de 1000 dollars dont plus de moitié représente des frais administratifs. La vignette n’est pas en reste puisqu’elle affiche 70.000 Fc au moins.

A quoi bon tout cela

Même si vous faites un effort pour vous mettre en règle, cela ne vous servira pas à grand’chose puisque les agents qui effectuent les contrôles sur la route ne vous laisseront  pas tranquille. Ils trouveront toujours à redire sur votre véhicule et sur vos documents. « To ko lia documents ?» ont-ils coutume de dire, quand vous exhibez la liasse des documents et vous, pour ne pas perdre trop de temps, vous glissez quelques billets dans les poches profondes de l’agent. C’est pourquoi, nombre de chauffeurs avec qui nous avons parlé depuis des jours sont formels : ils ne payeront pas ces taxes parce que ça ne sert à rien et parce que le gouvernement ne les protège pas et n’a pas de cœur pour ne pas comprendre que le secteur est en difficulté .Le moins que le gouvernement aurait dû faire, c’est de ramener ces taxes à un niveau comparable avec les recettes. Comme cela, tout le monde aurait partagé la peine. Pour le moment,  les chauffeurs et les propriétaires  ont le sentiment d’être les seuls à payer. Cela est d’autant plus vrai qu’on impose aux exploitants et aux  chauffeurs d’autres charges comme les taxes de parking récoltés par l’ACCO ou la gratuité  du transport pour les agents de l’ordre. Enfin, les routes pour l’entretien desquelles on perçoit des taxes spécifiques comme la  TCR sont dans un état tout à fait déplorable.

La ville de Kinshasa est-elle prête pour engager un nouveau bras de fer ? Personne ne le sait mais personne ne devrait ignorer que le pays connait déjà pas mal de problème et personne n’a intérêt à en rajouter. Et le gouvernement provincial  de Kinshasa qui n’a jamais réussi à stabiliser les périodes de recouvrement de ces taxes dans le secteur du transport en commun devrait sérieusement s’y mettre actuellement parce qu’il illusoire de croire qu’un exploitant peut trouver de quoi liquider toutes les taxes en une période aussi courte alors que la plupart ne vivent que de ces maigres recettes.

L.M.

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