Viseur: Cap sur l’essentiel !

Publié le par La Cité Africaine

Les politiques congolais ont leur chic pour s’étriper sur des débats qui n’en valent finalement pas la peine. Comme cette nouvelle discussion lancée sur le spectre politique au sujet de la toute dernière déclaration de la CENCO, selon laquelle, la nomination du Premier ministre Bruno Tshibala ‘’est une entorse à l’accord du 31 décembre’’ conclu au Centre Interdiocésain entre le pouvoir et son opposition pour une gestion consensuelle de la période préélectorale. Pour les uns, cette sortie épiscopale est inopportune, car les évêques avaient déjà terminé leur mission de bons offices et retourné le dossier aux mains de leur mandant, le président de la République. Ce dernier ayant pris ses responsabilités en conséquence, les prélats n’avaient plus qu’à se taire, n’ayant plus voix au chapitre. Et puis, dit-on encore, par leur déclaration, les évêques ne se situent plus au milieu du village, ils ont pris parti, et, de surcroit,  ont enfreint la loi divine qui leur demande de laisser à César ce qui est à César ! Pour les autres, c’est la CENCO qui a piloté les négociations ayant abouti à l’accord du 31 décembre ; elle en connaît le contenu, l’esprit et la lettre ; il n’y a donc pas mieux placé qu’elle pour en donner une interprétation exacte, au moment où il existe une controverse autour de la procédure utilisée par le chef de l’Etat pour désigner son nouveau Premier ministre. Mais, tout compte fait, c’est là un débat superfétatoire qui n’apporte rien au problème de fond concernant la sortie de la crise politique qui étreint ce pays. Du reste, l’on peut être surpris que la position de la CENCO crée ce type de tollé. Les évêques n’ont jamais caché que de leur point de vue il ne se posait pas de problème au sujet de soi-disant deux ailes du Rassemblement, que c’est Félix Tshisekedi qui représentait le Rassemblement, que c’était donc lui l’interlocuteur valable et non pas Joseph Olengankoy. De même, les évêques avaient déjà dit que pour eux le président de la République devait se concerter avec ce leadership du Rassemblement pour mettre en musique l’application de l’accord de la Saint Sylvestre.

 Qu’à cela ne tienne, recadrons les choses.

Primo. A considérer la radicalisation des positions du Rassemblement de Limete, à suivre les prises de position des ténors de la communauté internationale dont les USA, la France, le Canada, la Belgique, l’Union Européenne, à voir le terme peu concluant de la récente mission de la SADC à Kinshasa, l’on se rend bien compte que la crise politique n’a pas du tout été évacuée, en dépit de la nomination du nouveau chef du gouvernement. Au demeurant, c’est également la perception qu’en a l’ONU qui, par la résolution 2348 de son  Conseil de sécurité confirme bien que la crise congolaise perdure, accentuée par l’impasse du processus électoral.

Secundo. S’il est vrai que c’est le chef de l’Etat qui a commis les évêques pour une mission de bons offices et que ces derniers lui ont rendu leur rapport de fin de mission le 28 mars 2017, il reste vrai que par cette même résolution 2348 datée 31 mars, le Conseil de sécurité a relance le mandat de  la CENCO puisqu’aussi bien, il lui est prescrit de poursuivre le travail avec le concours de la MONUSCO, en ces termes : ‘’( Le Conseil)… demande instamment à toutes les parties prenantes nationales de poursuivre la concertation de manière transparente et ouverte et de coopérer avec la Conférence (CENCO)à cet égard, et prie le Secrétaire général de fournir un appui politique à ces efforts conformément aux dispositions de la présente résolution, notamment en usant de ses bons offices’’ .

Tertio. C’est dire donc que la CENCO est encore fondée à parler et à donner son point de vue sur ces questions. Encore qu’en tant que Congolais, il ne puisse  être interdit aux évêques de donner leur opinion sur les affaires du pays. Encore qu’il soit paradoxal, après avoir demandé aux évêques d’entrer dans le marigot politique pour aider à régler un problème politique, de leur reprocher aujourd’hui de s’occuper des affaires de César.

Cela dit, ce qui compte désormais ce n’est pas de se perdre dans le secondaire, voire l’accessoire, mais de s’accrocher au principal, à l’essentiel. Et ce principal qui a été le point de départ et la finalité des négociations ainsi que de l’accord qui en est né, c’est la volonté du peuple congolais d’aller aux élections pour renouveler le mandat des animateurs des institutions de la République. Le principal, ce sont ces principes que l’accord du 31 décembre a posés pour encadrer ce processus de relégitimation des institutions et auxquels tous ont souscrit, à savoir : ‘’ l’actuel président de la République ayant accompli deux mandats consécutifs ne pourra plus se représenter ; il n’y aura pas de troisième mandat ; il n’y aura pas de révision de la constitution’’. Le principal c’est que la voie de l’alternance démocratique par les élections a été balisée. C’est à cela que les uns et les autres doivent s’en tenir. C’est cela le principal. Il faut se concentrer sur l’objectif, et ne pas se figer sur les méthodes qui y mènent. Car les méthodes peuvent changer. Ne perdons plus le temps. Allons à l’essentiel !

Mantha L.

 

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