Gouverneur de Province en RDC : un métier périlleux

Publié le par La Cité Africaine

* Les Bureaux des Assemblées provinciales rappelés à l’ordre à Kinshasa

ll ne fait pas bon être gouverneur de province par les temps qui courent en République Démocratique du Congo. Une sorte d’avis de tempête semble planer ces dernières semaines sur la tête de ceux qui, dans les provinces du pays, se prévalent de ce titre prestigieux.

Pour rappel, suite à une onde de secousse partie il y a plus d’un mois de la lointaine province du Haut-Katanga, le premier, le gouverneur Jean-Claude Kazembe a, sans coup férir, été balayé de son poste de gouverneur de province par une motion de défiance-éclair, qui ne lui avait même pas laissé le temps de présenter ses moyens de défense. Le gouvernement central n’aura fait que constater les dégâts, ou en tout cas, n’a rien fait pour éviter le pire à l’infortuné ex-gouverneur.

Quelques semaines plus tôt, c’est un autre gouverneur, moins connu puisqu’à la tête d’une province encore moins connue, celle de la Tshuapa, qui s’était fait défénestrer de son poste dans des circonstances burlesques, par un vote aussi rapide qu’irrégulier des députés de l’Assemblée provinciale. Le gouverneur déchu qui se disait victime d’une injustice et d’une violation flagrante de la procédure en la matière, avait aussitôt saisi la justice, qui avait fini par le rétablir dans ses droits. Mais depuis lors, on observe un silence-radio total du côté de l’autorité centrale censée le remettre dans ses droits. Ce gouverneur déchu puis réhabilité par la justice, passe désormais le plus gros de son temps à arpenter les plateaux de télévisions et les studios de radios de Kinshasa pour sensibiliser sur son sort. Mais apparemment, c’est comme s’il parlait dans le désert.

Après la Tshuapa et le Haut-Katanga, le vent dévastateur a atteint le Haut-Lomami, où le maître des lieux,  Célestin Mbuyu, une des figures emblématiques du Parti présidentiel, le PPRD, a tout bonnement perdu son poste, dans ‘’l’indifférence’’ totale des autorités nationales et de son propre parti. Sa chute, comme les deux premières, a été orchestrée par une motion de défiance initiée par un petit groupe de députés provinciaux, et rédigée en des termes quasi-identiques que les deux précédentes, comme si elles étaient inspirées par une même source.

Ces dernières semaines, la tempête  a semblé décupler d’ampleur, au point de se muer en une véritable tornade de force 8 qui donne tout l’air de ne rien laisser sur son passage. La presse nationale qui ne rate aucune occasion de se gausser ces derniers temps de toutes les avanies qui surviennent dans les rangs du régime en place, en a fait ses choux gras , prenant un malin plaisir à préciser que tous les gouverneurs déracinés ou en voie de l’être, sont de la famille politique du Chef de l’Etat. Ce phénomène « effacer le tableau » qui décime actuellement les gouverneurs de province ne fait que prendre de l’ampleur. Ce sont presque tous les gouverneurs des provinces issues du démembrement qui se sentent menacés par le tsunami des motions qui tuent. Pas plus tard que la semaine dernière, une nouvelle vague de motions s’est abattue sur certains gouverneurs, notamment contre Tony Bolamba de l’Equateur, et Abdallah Pene de l’Ituri.

 

Quand les Bureaux des Assemblées provinciales se font tirer les oreilles !

En début de semaine dernière, notre journal livrait en primeur l’information relative aux instructions du chef de l’Etat pour mettre fin au vaudeville qui est en train de se développer dans les provinces où des Assemblées provinciales sont mises à contribution pour déstabiliser, l’un après l’autre, des gouverneurs des 21 provinces issues du démembrement. Effectivement, quatre jours plus tard, le gouvernement central convoquait, toutes affaires cessantes, tous les présidents des Assemblées provinciales avec leurs Bureaux respectifs à Kinshasa pour un Séminaire « d’évaluation des Assemblées provinciales ». Une expression civilisée pour couvrir cette démarche  désespérée d’arrêter l’incendie qui se propage  et qui risque à l’allure où vont les choses, de ne laisser que ruines et désolation à la tête de nombreux exécutifs provinciaux.

Il s’est donc ouvert à Kinshasa, dimanche, le séminaire sur l’évaluation du fonctionnement des Assemblées provinciales. L’occasion en réalité pour le pouvoir central de remettre de l’ordre dans la boutique et de siffler la fin de la récréation.  Justifiant la convocation de ces assises, Emmanuel Shadary a expliqué que bien qu’il n’y a ‘’point de cadre d’échange légal entre le niveau central et les Assemblées provinciales,  il n’en reste pas moins vrai que toute tension ou tout succès, encore moins toute crise entre les institutions empêchent le fonctionnement des Provinces et doivent interpeller les gouvernements que nous sommes’’.

L’ouverture des travaux  de ce séminaire été présidée par Léon Kengo Wa Dondo, président du Sénat, avec à ses côtés, son collègue de l’Assemblée nationale Aubin Minaku. Ils devraient se clôturer ce mardi. La rencontre a connu différents ateliers de discussions sur un certain nombre de thèmes exposés par quelques orateurs compétents chacun dans sa matière. Il s’agissait notamment de : ‘’ Production législative et pratique du contrôle parlementaire’’ (par Aubin Minaku) ; ‘’Processus de la mise en œuvre de la décentralisation, bilan et perspectives " (par le ministre AzariasRuberwa) ; " Etat des lieux du processus électoral "(par Corneille Nangaa, président de la CENI) ; " Problématique des finances " (par le ministre des Finances Henri Yav) ; " Enjeux de l’Accord de la Saint Sylvestre " (par le Pr Adolphe Lumanu, directeur général de l’ONIP et communicateur de la MP).

 

Des députés provinciaux, comme de vrais rapaces !

On le comprend aisément, cette convocation qui avait  toutes les allures d’un plan d’urgence pour remonter les bretelles aux Bureaux des Assemblées provinciales, a le mérite d’avoir sauvé de la guillotine, un troisième gouverneur, Jean Tokole de la province de la Tshopo, que les députés provinciaux de cette entité conduisaient déjà  sans état d’âme à l’échafaud.

Oui,  il y avait bien péril en la demeure. Les députés provinciaux se sentaient pousser des ailes et se croyaient désormais tout permis, face à l’incertitude politique qui prévaut au pays. Confortés d’être encore là jusqu’aux prochaines échéances électorales dont la date reste encore un mystère, convaincus de leur maigre chance de se succéder à eux-mêmes dans la prochaine législature, et parfois en butte à des gouverneurs « qui ne partagent pas », selon l’expression consacrée, la plupart d’entre eux sont devenus des mercenaires en puissance qui se vendent au plus offrant. Certains autres sont même devenus de véritables desperados, qui se promènent avec des textes de motions en bandoulière, et qui n’hésitent pas à l’occasion, de faire chanter leur gouverneur, qui n’a alors comme seul choix que de « cracher » ou de se faire « cracher » lui-même.

Siégeant à l’Assemblée provinciale, pour la plupart depuis 2006, des députés provinciaux ont fini par oublier jusqu’à leur appartenance politique et sont devenus des mercenaires sans foi ni loi qui monnayent désormais leur loyauté. D’autres, arrivés sur le tard dans les hémicycles par le biais de la suppléance, sont sur motivés par un besoin compulsif de combler leur retard sur les autres, et ne s’embarrassent plus de considérations morales dans leur œuvre de démolition des exécutifs provinciaux. Dès lors, le motif de mauvaise gestion souvent invoqué pour se débarrasser d’un gouverneur « qui mange seul », apparaît comme l’arbre qui cache la forêt.

LOLO LUASU B.

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