Viseur: Vaincre le pessimisme !

Publié le par La Cité Africaine

Le nouveau Premier ministre Bruno Tshibala va se présenter ce mardi devant l’Assemblée nationale en vue d’obtenir l’investiture de son gouvernement. Comme toujours en pareille circonstance, cette nouvelle équipe gouvernementale composée de 58 membres (contre 53 prévus dans l’arrangement particulier) dont 3 vice-Premiers ministres, 9 ministres d’Etat, 33 ministres, 2 ministres délégués  et 11 vice-ministres, est soumise à plusieurs regards croisés. Il y a d’abord le regard du politique. Il varie bien naturellement selon le camp où l’on se situe. Dans celui des enthousiastes, l’on salue l’avènement de ce nouveau gouvernement comme une matérialisation de l’accord du 31 décembre. De sorte que, bien qu’issu de l’opposition, ce Premier ministre pourra, sans coup férir, se pourvoir la majorité parlementaire la plus large pour gouverner. Ce qui du coup  met son action à l’abri de l’instabilité qu’induit fatalement toute légitimité parlementaire faible.

Peuvent aussi se dire satisfaites, ces anciennes figures bien connues de l’Opposition/Rassemblement qui ont fait dissidence avec les radicaux de Limete. Considérant que l’on ne peut pas rester indéfiniment dans l’opposition, et que la finalité de tout combat politique est d’accéder au pouvoir et de l’exercer pour y mettre en application les valeurs et les projets que l’on porte, ces opposants se retrouvent au gouvernement à la suite de quelques ‘’infidélités’’ faites avec la Majorité, au détriment de leur camp.

Voilà donc des Messieurs qui doivent aujourd’hui se dire qu’ils ont bien joué puisqu’ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. Car, la plupart de ces nouveaux ministres issus de l’Opposition/Rassemblement n’auraient sans doute eu aucune chance de figurer dans le gouvernement s’ils avaient été mis en concurrence avec les têtes fortes et bien faites qui sont restées dans l’opposition radicale de  Limete. Ont également des raisons de se réjouir, les stratèges du camp au pouvoir. En deux temps trois mouvements, comme a pu l’indiquer le secrétaire général du parti présidentiel, ils sont parvenus, d’une part,  à dompter et démystifier certaines grandes gueules de l’opposition, grâce à quelques postes ministériels. Et d’autre part, ils ont réussi à affaiblir le camp du Rassemblement, et à se constituer de nouveaux alliés objectifs dans leur quête pour la conservation du pouvoir à tout prix.

Pour autant, ceci ne doit pas occulter l’autre regard du politique, celui des détracteurs. De ce côté-ci, l’on préfère mettre en exergue les paris perdus avec la formation de ce nouveau cabinet. Perdu notamment, le pari de la gestion consensuelle de la Transition, car la frange la plus représentative de l’opposition, la vraie opposition tshisekediste, ne reconnaît pas ce gouvernement et dénonce les débauchages ayant concouru à sa mise en place. Perdu, le pari de l’inclusivité qui constituait le leitmotiv de l’accord de la Saint sylvestre.  De sorte que, ce gouvernement part avec un lourd  handicap diplomatique international, tant il est vrai que les grandes puissances occidentales et l’ONU continuent à considérer que ce qui a été fait ne l’a pas été dans le respect de l’esprit et de la lettre de l’accord de la CENCO.

Au demeurant, les ministres européens des Affaires étrangères réunis à Bruxelles continuent d’exiger cette inclusivité et y conditionnent leur appui, tout en annonçant de nouvelles sanctions contre les membres de la Majorité au pouvoir ainsi que leurs complices de l’opposition qui mettent en péril le processus de sortie de crise en RDC. Perdu également, le pari du partage équilibré des ministères de souveraineté entre la Majorité et l’Opposition. Car, le  camp Kabila ne lui ayant rien concédé sur le sujet, le Premier ministre n’a pas pu obtenir le règlement, en concertation avec le chef de l’Etat, de cette question qui avait constitué l’un des verrous dans la conclusion par la CENCO de l’arrangement particulier.

Perdu de même, le pari du renouveau, car, malgré les nombreux départs - 27 au total - l’ossature du gouvernement est restée à 80% entre les mains des mêmes caciques des gouvernements précédents. D’où l’impression générale ressentie, comme quoi, l’on reprend les mêmes et l’on recommence !Perdu enfin, le pari de la sortie de crise, car bien au contraire, les antagonismes n’ont fait que se raidir davantage, de sorte que l’effervescence et les agitations politiciennes repartent de plus belle, tandis que le pouvoir se voit toujours contesté, et  obligé de faire recours à des méthodes assez tangentes pour se faire respecter.

Cela dit, il y a un autre regard qu’il convient aussi de mettre en exergue. C’est celui que le peuple porte sur ce gouvernement. Ce regard-là  est fait des attentes. Lesquelles s’expriment en termes de défis à relever pour cette nouvelle équipe. Le premier d’entre tous, c’est le défi social, lié à la dégradation des conditions de vie, à la réduction exponentielle du pouvoir d’achat, à la paupérisation extrême de la population.

Le nouveau gouvernement ne pourrait trouver quelque sympathie de la part du peuple que si des signaux forts et immédiats sont donnés dans le sens de la requalification tant soit peu de son vécu quotidien. Autre défi :la sécurité, au vu de la multiplication des foyers de conflits. Après les Kivu, avec les vieilles forces négatives et bandes armées jamais éradiquées, dans l’espace Kasaï, l’étrange phénomène Kamwina Nsapu sème mort et désolation. Il faut quitter le stade des effets d’annonces où l’on proclame l’accalmie et le retour de la paix, alors que sur le terrain le mouvement rebelle prospère, s’étend et s’incruste.

Enfin, le défi de la tenue des élections à la fin de l’année. Le gouvernement Tshibala doit démontrer qu’il y tient, en y mettant les moyens. Eu égard à toutes ces préoccupations et défis, la défense du projet de budget 2017 devrait pouvoir créer un momentum  et  de nouvelles  raisons d’espérer. Ce serait pour le gouvernement Tshibala l’occasion de conquérir le regard bienveillant de notre peuple et de vaincre le pessimisme ambiant.

Mantha L.

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